Participation citoyenne en Tunisie pour améliorer les soins de santé

  

Le Dr Chedly Maksoudi s’est porté volontaire pour participer au jury des citoyens pour la santé, ayant fait le constat que les services de santé étaient dispensés de façon inégale selon les différentes régions tunisienne: «Les inégalités du système font que certaines personnes sont privées de soins, ce qui est tout simplement inacceptable. Il existe par ailleurs une différence importante de qualité des soins entre le secteur public et le secteur privé. Je vois des malades mourir de problèmes de santé qui pourraient être évités par manque de personnels de santé, de médicaments et, dans certains cas, en raison d’un retard de diagnostic dû à une rupture dans la prestation de services».

Le Dr Maksoudi travaille dans l’Unité de soins intensifs de l’hôpital régional de Kasserine (Tunisie), une région mal dotée en ressources pour les soins de santé, ce qui entraîne des retards de diagnostic. L’été dernier, le Dr Maksoudi a été l’un des 100 volontaires tirés au sort parmi 3600 aspirants pour constituer le jury. Les membres du jury ont été priés de donner leur avis aux pouvoirs publics sur: le financement du système de santé, les services de santé de quartier, la restauration de la confiance dans le secteur de la santé et la promotion de modes de vie sains.

Une approche du système de santé fondée sur les personnes

Le jury des citoyens fait partie du nouveau programme de dialogue social soutenu par l’OMS dans le cadre du Partenariat pour la couverture sanitaire universelle. Le Dr Marie-Paule Kieny, SousDirecteur général à l’OMS, explique: «associer la communauté fait partie d’une approche des systèmes de santé centrée sur les personnes, qui a pour but de les inciter à prendre des décisions concernant leur propre santé – ce qui rend les systèmes de santé plus efficients et plus efficaces».

Le Dr Maksoudi, qui travaille dans le secteur public depuis 15 ans, estime que le système de soins doit être adapté afin de mieux desservir la population tunisienne, car: «je suis citoyen avant d’être médecin et le système de soins tunisien présente de nombreux défauts depuis de nombreuses années».

Ce programme repose sur la recherche fondée sur les données factuelles, couplé à des ateliers, des groupes de discussion et des réunions d’information. Le Dr Ann Lise Guisset, Conseiller pour les systèmes de santé au bureau de l’OMS en Tunisie, explique que le programme a fait de la participation de l’ensemble de la communauté une priorité: «nous avons envoyé des étudiants en médecine dans chaque région et distribué des invitations aux citoyens dans les parcs et les cafés, leur expliquant que chacun pouvait participer et représenter sa communauté pour contribuer à changer le système de santé en Tunisie».

Faiçal Ben Salah, Président du Comité technique sur le dialogue social, a été étonné par l’enthousiasme de la population: «la dynamique créée par ce programme est allée bien au-delà de nos attentes – nous recevons des avis de toutes les couches de la population, depuis le simple pêcheur jusqu’à la mère célibataire en passant par les enseignants, les étudiants et les professionnels de santé».

Recommandations du jury des citoyens

Le Dr Maksoudi résume les conclusions ainsi: «les recommandations du jury des citoyens sont axées sur l’accroissement de la solidarité du financement de la santé afin d’offrir un système de santé plus équitable et des soins équilibrés qui respectent tous les citoyens».

Le programme de dialogue social a rassemblé plus de 4200 personnes de toutes origines en Tunisie depuis son démarrage en 2012. En septembre 2014, la conférence nationale sur la santé a convenu à l’unanimité d’utiliser le rapport du jury des citoyens dans une déclaration officielle.

Le Premier Ministre par intérim, Mehdi Jomâa, a annoncé à la conférence que: «le gouvernement s’engage à établir un système de santé efficace et de qualité, accessible à tous les citoyens dans toutes les régions».

Les prochaines étapes consisteront à créer un comité où seront représentés les citoyens et qui contrôlera la mise en œuvre de programmes pilotes fondés sur la déclaration. Avec l’appui technique et financier de l’OMS et d’autres organisations partenaires, le programme s’emploiera à renforcer la prestation de services et les activités à base communautaire.

Le Dr Guisset décrit un moment émouvant de la conférence par ces mots: «lorsque toutes les personnes se sont levées en faveur de la déclaration et que l’hymne national a retenti, j’avais les larmes aux yeux, parce que nous avions travaillé à cela depuis si longtemps et que je comprenais que cela allait apporter un réel changement».

Cet article a été re-publie du site de l’OMS ici.

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