Niger

Revue annuelle du secteur de santé au Niger. De gauche à droite: l’Inspecteur Général des Services de Santé, le Secrétaire Général à la Santé, le Ministre de la santé, la représentante de l'UNICEF, le représentant de l’OMS.  Photo: Bureau regional de l'OMS.

L’audit institutionnel du MSP au Niger : Recette de base pour la modernisation du système de santé

10 October 2015

Dans un contexte régional d’une épidémie du virus de l’Ebola à peine maitrisée, la tache de moderniser les systèmes de santé en Afrique est – certes – perçue comme une responsabilité universelle – mais par où commencer avec un projet d’une telle dimension?

Le Niger semble avoir prêché par l’exemple sur ce point : Sur demande du Ministère de la Santé Publique (MSP), un audit institutionnel de l’MSP au Niger a été réalisé au cours de la période mars-avril 2015. Le but était de jeter les bases pour une réforme de l’ensemble du Ministère en proposant des axes de modernisation du MSP.

Le partenariat UE-Lux-OMS sur la couverture sanitaire universelle (CSU) a joué un rôle moteur dans ce contexte, ayant permis la mise à disposition d’une expertise pour la réalisation de l’audit. Bien que l’audit institutionnel du Ministère de la Santé Publique n’ait pas été prévu en tant que tel dans la feuille de route du Partenariat UE-Lux-OMS, l’activité avait été identifiée par le bureau-pays et l’expert international recruté  comme une des priorités essentielles de l’appui de l’OMS au MSP au Niger.

Reste à savoir quelle était la ‘recette secrète’ du Niger pour le succès de cette initiative.  Vu le caractère multidisciplinaire d’un tel exercice, deux organisations ont pris en charge la réalisation de l’audit : AEDES, le bureau d’étude recruté par de la coopération belge et l’OMS.  Les  six piliers du système de santé étaient le fil conducteur du diagnostic situationnel fait par les auditeurs, dont un expert recruté dans le cadre de la coopération UE-Lux-OMS.

Une recette ne peut réussir  que si le ‘maitre cuisinier’ utilise des ingrédients de qualité pour la mettre en œuvre : C’est précisément ce rôle qui a été assume par le MSP à travers de la mise en place d’un comité de suivi dirigé par le Secrétaire Général à la Santé Publique, également en charge de la coordination de l’ensemble du travail. Le rôle de ce comité, présidé par le MSP, était essentiellement d’ (i) élaborer le calendrier des contacts que les auditeurs allaient avoir avec les parties prenantes, (ii) s’approprier des recommandations de l’audit, (iii) organiser les réunions de restitution des résultats de l’audit.

Quant aux ‘plats primés’ ressortant de l’exercice, l’audit a permis d’élaborer une liste d’axes de modernisation du MSP qui ont été approuvés par le Comité mis en place à cette fin.  Parmi les principales recommandations on peut citer : (i) mettre en place un nouveau cadre organique basé sur les besoins de mise en œuvre de la PNS, (ii) élaborer et adopter une carte sanitaire nationale pour une implantation rationnelle des structures de santé à la fois publiques et privées dans le pays (iii) créer les conditions légales et organisationnelles et mobiliser davantage des ressources   (financements innovants, etc.) pour une accélération du processus de mise en œuvre de la couverture universelle santé, (iv) développer une feuille de route unique et cohérente incluant l’ensemble des réformes qui touchent le niveau périphérique et que sa mise en œuvre se fasse progressivement en fonction de la disponibilité des ressources, (v) formuler rapidement une nouvelle politique pharmaceutique plus adaptée au contexte et aux nouveaux enjeux du secteur au plan national et international, (vi) mettre en place un dialogue multisectoriel efficace pour faciliter la mise en œuvre des recommandations de l’audit institutionnel ainsi que la résolution des questions complexes comme celle relative aux ressources humaines pour la santé.

Selon le bureau régional de l’OMS, « Il est attendu que le MSP mette en œuvre les recommandations de l’audit, ce qui lui permettra, nous l’espérons, de mettre en place un système de santé plus efficace et plus efficient dans lequel, la satisfaction des usagers est au centre de toutes les réformes à entreprendre». Ceci permettra, à son tour, d’avancer de manière significative l’objectif d’une amélioration générale de l’état de sante de la population au Niger.

Pour y parvenir, un bon nombre de défis restent à franchir, commençant par la lutte contre la politisation des ressources humaines pour la santé (RHS) : Selon un membre du bureau régional de l’OMS,  « les RHS c’est le nerf de la guerre au Niger». S’assurer de la capacité du MSP pour la mise en œuvre des recommandations de l’audit est un autre pas a franchir, suivi de proche par la capacité des  partenaires de pouvoir s’organiser pour constituer un levier sur lequel le MSP peut s’appuyer pour faire avancer les réformes.

Selon le bureau régional de l’OMS, « une des leçons apprises de cet audit est que l’organisation, le fonctionnement et donc les performances du MSP sont très étroitement liés aux autres secteurs ». A titre d’exemple, la question des ressources humaines pour la santé, aussi cruciale qu’elle soit au Niger, ne peut être résolue par le MSP seul, dans la mesure où elle dépend à la fois du Ministère de l’Emploi et de la Fonction Publique, du Ministère de l’Economie et des Finances, ainsi que du Ministère en charge de la Décentralisation. Un dialogue politique en santé qui inclut tous ces secteurs est une nécessité.

Puis, que serait un bon chef cuisinier sans ses assistants ? En tant qu’organisation chargée d’appuyer le MSP dans l’élaboration des politiques, des plans et des normes et standards, le premier rôle de l’OMS dans ce processus est d’assurer que les axes de modernisation de l’audit ainsi que les recommandations formulées sont capitalisées dans le processus en cours relatif à l’actualisation de la politique de la santé, l’élaboration du nouveau plan de développement sanitaire et l’actualisation des normes sanitaires nationales. Le second rôle de l’OMS est d’apporter un appui technique en vue d’un renforcement des capacités des cadres et des structures nationales dans la mise en œuvre des recommandations de l’audit et le troisième est le plaidoyer à mener au haut niveau pour créer une dynamique en faveur du secteur de la santé. Le troisième rôle de est de contribuer à apporter un appui aux partenaires afin de les aider à mieux s’organiser pour un appui conséquent à la mise en œuvre des recommandations de l’audit institutionnel par le Gouvernement Nigérien.

Selon le bureau régional de l’OMS, le fait que l’expert international mis à disposition dans le cadre du partenariat Eu-Lux-OMS ait travaillé à la fois sur l’audit institutionnel, sur l’évaluation et l’actualisation de la Politique Nationale de la Santé est  un grand atout dans la mesure où il a été possible de muer certains axes de modernisation du MSP en ligne avec le développement de la PNS. Ces axes seront traduits en des actions concrètes lors de l’élaboration du Plan de Développement Sanitaire.

 

Et quant aux couts pour la mise en œuvre d’une  ‘recette réussie’ ?  Selon le bureau régional de l’OMS,  « l’idée est d’éviter que les recommandations de l’audit fassent l’objet d’un plan de mise en œuvre différent du Plan de Développement Sanitaire (PDS) ». C’est la raison pour laquelle, plutôt que de faire un plan budgétisé de mise en œuvre des recommandations de l’audit, « on a jugé bon de couler ces dernières dans les axes de développement de la PNS et du PDS qui sont en cours d’actualisation/élaboration. Les activités qui vont en découler seront financées, comme d’habitude, par le budget de l’Etat et l’aide internationale essentiellement ».