La Santé dans Toutes les Politiques, et une Politique de Santé pour Tous : Le Soutient du Partenariat pour la Couverture Sanitaire Universelle à l’Élaboration de Politiques Sanitaires Innovantes au Soudan

  

Depuis le lancement des nouveaux Objectifs de Développement Durable (ODD) en 2015, tout le monde est d’accord sur l’importance d’une approche intégrée et intersectorielle pour mettre ceux-ci en œuvre. Jusqu’à présent, peu de gens ont réussis à traduire cette idée en actions concrètes.

Les dirigeants du Soudan sont parmis ceux qui y sont parvenus, et ce avant même l’adoption du programme des ODD. En 2013, le Ministère Fédérale de la Santé du Soudan (Federal Ministry of Health, FMOH) a adopté une initiative de dialogue politique, dirigé par l’Institut de Santé Publique du pays et avec le soutien du Partenariat pour la Couverture Sanitaire Universelle (P-CSU). Selon le Dr. Bahar Idris Abugarda, Ministre Fédéral de la Santé, c’est “l’une des initiatives les plus importantes de la FMOH au cours de ces dernières années. Elle a réuni des acteurs de différents secteurs, y compris les partenaires au développement ainsi que la société civile, pour examiner plusieurs projets et politiques clés dans le domaine de la santé, dans cinq secteurs principaux.”

En marge de la quatrième Réunion Technique Annuelle du P-CSU à Barcelone en mars 2016, Community Systems Foundation (CSF) s’est entretenue avec des représentants du Ministère de la Santé et de la Santé Publique du Soudan, pour en savoir plus sur cette initiative.

Le Dr Abdalla Sid Ahmed, directeur de l’Institut de Santé Publique, nous a expliqué que cette initiative était le résultat d’un examen du financement de la santé de 2008-2011 mené par son institut avec le soutien dU P-CSU. Celui-ci a été fait avec un outil de l’OMS, OASIS (Organizational Assessment for Improving and Strengthening Health Financing, Évaluation organisationnelle pour améliorer et renforcer le financement de la santé) – une approche analytique qui peut être appliquée de manière souple pour analyser systématiquement les forces et les faiblesse d’un système de financement de la santé et identifier des suggestions pour améliorer sa performance afin d’avancer vers la couverture universelle. Des recommandations clés ont été formulées pour chacune des fonctions principales du financement de la santé (perception des recettes, mise en commun et achats, et gestion des ressources). Les résultats étaient concentrés sur quatre priorités : (i) unifier l’élaboration des politiques au niveau technique et politique ; (ii) développer l’espace budgétaire grâce à une plus grande efficacité, accès aux fonds externes, et à son orientation vers la protection de la santé ; (iii) fusionner les sources de financement de manière progressive, pour diminuer la fragmentation ; et (iv) adopter des approches stratégiques d’achat pour améliorer l’efficacité et la qualité des services.

Selon le Dr Sid Ahmed, l’évaluation a établi les bases pour remédier aux goulets d’étranglement identifiés dans l’examen, en élaborant les principales options politiques pour le dialogue sur les politiques du FMOH dans cinq domaines d’intérêt : le financement de la santé, la santé dans toutes les politiques (Health in All Policies, HiAP), la santé familiale, les stratégies de santé mondiale, et les systèmes de politiques de santé.

La première étape pour identifier les options politiques dans chaque domaine d’intervention, selon le Dr Sid Ahmed, était de s’assurer que quels que soient les résultats des discussions politiques, celles-ci soient adressées par tous les ministères et secteurs concernés. Dans ce but, un nouvel organe, le Conseil National de Coordination de la Santé, a été chargé de faire avancer l’initiative de dialogue politique. Présidé par le Président Soudanais et co-présidé par le Vice-Président, le Conseil réunit tous les ministères et secteurs concernés dans un processus participatif et inclusif afin d’élaborer et d’adopter des politiques de santé dans les cinq domaines ciblés, ainsi que de coordonner la mise-en-œuvre et le suivi. “Le fait que cet organe soit responsable vis-à-vis du Président en fait un mécanisme essentiel pour faire respecter la loi de Santé dans Toutes les Politiques (HiAP),” a déclaré Sid Ahmed.

Un atelier a été organisé à Khartoum en aout 2015, réunissant 80 représentants de haut niveau de différents ministères et secteurs pour parler des options et des objectifs politiques pour la prévention des maladies et la promotion de la santé. L’engagement a débouché sur une feuille de route pour la mise en œuvre de HiAP (i) en renforçant la responsabilité et l’engagement du Conseil National de Coordination de la Santé ainsi que du Parlement ; (ii) en renforçant les structures pour HiAP ; (iii) en développant des mécanismes pour améliorer la gouvernance et la transparence ; et (iv) en renforçant les capacités pour une mise-en-œuvre efficace et une planification et évaluation améliorées. Pour chacun de ces objectifs, un ensemble de mesures concrètes de mise-en-œuvre a été arrêté, avec des jalons spécifiques à mettre en place une fois que chacun a été chiffré et opérationnalisé.

Selon El Fatih Mohamed Malik, directeur général de la Direction de la Planification et la Santé Internationale du FMOH, le processus de dialogue politique a sensibilisé les différents partis prenants à l’importance de placer la santé en premier plan de leurs propres politiques et actions.

El Fatih a décrit le processus d’élaboration d’une stratégie de santé mondiale : “avec l’appui de du P-CSU, un premier atelier a été organisé en avril 2013, rassemblant différents ministères (dont les ministères de la Santé, de la Protection Social et des Affaires de la Femme et de l’Enfant, de l’Intérieur, et des Affaires Étrangères) pour parler des principaux problèmes de santé nationaux et internationaux du Soudan.”

Sur la base des principales questions prioritaires identifiés, des ateliers sur-mesure ont ensuite été organisés sur des sujets tels que la santé et le commerce, la santé et l’environnement, la sécurité sanitaire et la main-d’œuvre sanitaire. Après consultation avec les ministères et secteurs concernés, les conclusions tirées de ces ateliers ont été résumées pour s’insérer dans la Stratégie Mondiale de la Santé 2015-2019, qui spécifie l’interaction requise entre la santé et les autres secteurs et qui est considérée comme un document de référence complémentaire pour la formulation des politiques nationales de santé.

Les domaines d’action prioritaires inclus dans la Stratégie Mondiale de la Santé 2015-2019 comprennent, entre autres : (i) l’examen des stratégies et des législations nationales pour incorporer les flexibilités liées aux ADPIC (commerce et santé) ; (ii) l’élaboration d’un système compréhensif d’information et de planification multisectoriel sur les RHS ; (iii) la prise des mesures nécessaires pour assurer surveillance, interventions et rapports à l’OMS de manière systématique, conformément aux obligations du Soudan en matière de RSI (sur la sécurité sanitaire), et (iv) d’évoluer vers une économie verte intégrant une approche pangouvernementale et HiAP (santé et environnement). Un comité de pilotage a été créé pour faire avancer la mise-en-œuvre.

Concernant la politique des systèmes de santé, le Dr Sid Ahmed a expliqué que certaines questions sont apparues lors de l’examen des politiques nationales sanitaires, dont comment les politiques seraient formulées, mises en œuvre, et suivies. À partir de là, des domaines d’action spécifiques ont été identifiés, notamment le renforcement du Conseil National de Coordination de la Santé, l’élaboration d’un conseil et d’un forum politique, et l’amélioration de la coordination entre les autorités fédérales et étatiques. L’OMS a appuyé le processus de dialogue politique en faisant appel à des experts internationaux renommés.

Dans le domaine de la politique de santé familiale, une première évaluation effectuée avec le soutien du P-CSU a révélé que les services de santé familiale avaient été, par le passé, entravés par un budget très limité, une continuité des soins insuffisante et une trop grande focalisation sur la formation des cadres supérieurs. Sur cette base, le FMOH a décidé qu’une approche plus globale de la santé familiale était nécessaire, avec une assistance technique de l’OMS pour examiner des choix émergents en matière de politiques dans ce domaine. Un exemple d’option envisagée est la redéfinition des structures gouvernementales pour soutenir la pratique médicale en santé familiale en tant qu’équipe, et de diriger les frais d’assurance maladie nationale vers ces équipes plutôt que vers les médecins individuels.

Selon le Dr Abdallah Sid Ahmed et le Dr El Fatih Mohamed Malik, bien qu’il soit difficile de veiller à ce que ces nouveaux cadres politiques soient adéquatement mis en œuvre et surveillés, le P-CSU contribue à conduire des réformes importantes du système de santé, et à établir les fondements essentiels pour assurer que “la santé dans toutes les politiques et une politique de santé pour tous” soient établis au Soudan.

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