République de Moldova

En Moldavie, de Grands Résultats pour un Programme Intersectoriel contre le Tabagisme

07 February 2018

Depuis le 15 Septembre, il est interdit de fumer en Moldavie dans, et à moins de 10 mètres de l’entrée, des espaces publics fermés et semi-fermés. Fumer est interdit sur les lieux de travail, et dans tous les transports publics, ainsi que dans les transports privés s’ils transportent des jeunes de moins de 18 ans. Les emballages ne peuvent plus porter les mentions ‘Light’ ou ‘Ultra’. Et les lois sur l’exposition au tabac ne limitent pas seulement les fumeurs, mais pénalisent également les employeurs qui ne fournissent pas un environnement de travail sans fumée.

La portée des lois moldaves sur le tabac est considérable, dans un pays où, en 2013, on estime que les maladies liées au tabac contribuaient 15% du total des dépenses de santé. Jusque dans les années 1990, la Moldavie produisait 40% de la récolte annuelle de tabac de l’URSS (aujourd’hui, la culture du tabac est d’envergure négligeable). Un rapport européen sur la santé publié en 2012 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) donnait au pays l’un des taux les plus élevés de tabagisme de la région Européenne dans la population masculine.

Le Partenariat UE-Luxembourg-OMS pour la Couverture Sanitaire Universelle (P-CSU), lancé en Moldavie en avril 2012, a joué un rôle important dans le développement de cette nouvelle réglementation contre le tabac, en coordonnant l’engagement de parties prenantes de différents secteurs dans le processus de préparation de ce texte. En collaborant avec les parties prenantes nationales du secteur de la santé, le partenariat a pu recueillir des informations et faciliter une étude sur les facteurs de risque en santé, dont le tabagisme, et ensuite faciliter un processus de dialogue politique intersectoriel au niveau national sur ce sujet. « La série de dialogues qui a été coordonnée par le P-CSU a été l’occasion pour que ces différents acteurs se retrouvent, » explique Andrei Matei, Responsable des systèmes de santé au Bureau de pays de l’OMS en Moldavie. « Ce partenariat a joué le rôle de catalyseur pour réunir différents secteurs et différents niveaux du gouvernement afin d’examiner ensemble les problèmes de santé publique liés au tabagisme, et d’analyser les méthodes les plus adaptées pour réduire la consommation de tabac sans nuire à l’économie du pays. »

Lors du Forum National sur la Santé, initié par le Partenariat pour la CSU, différents secteurs du gouvernement ont pu discuter  la mise-en-œuvre d’une convention-cadre  pour la lutte anti-tabac, qui fut ensuite présenté au parlement. « L’OMS a contribué à la conception de la logique de ces dialogues sur la politique : les sujets, le raisonnement, les liens à faire dans les messages à transmettre, » explique M. Matei. « Nous avons convié des experts internationaux, notamment des pays voisins, pour engager le dialogue avec le parlement et d’autres pour aider à rédiger la nouvelle loi. »

Des ateliers de renforcement des capacités ont été organisés pour différents groupes cibles (dont les hôpitaux et les commerces, les médias d’information, et environ 500 policiers et 300 agents de santé). Accompagnés de spots télévisés et de messages radio, ainsi que de la diffusion de matériels d’information, ces ateliers ont contribué à sensibiliser le pays à la lutte antitabac avant l’entrée en vigueur de la loi en janvier 2016, ce qui a permis notamment de contrer l’opposition de l’industrie du tabac. Une directive nationale sur l’inspection a été élaborée avec le soutien de l’Agence suisse pour le développement et la coopération. Des formations ont également été dispensées, et du matériel éducatif distribué avec le soutien de différents groupes de société civile.

Au cours des sept premiers mois après l’entrée en vigueur de la loi, le taux de conformité dans les lieux publics (restaurants et bars, établissements d’enseignement et de santé, transports, etc.) était supérieur à 92%, tandis que les chiffres de l’industrie ne démontrent aucun effet négatif sur leur profitabilité. « Vous pouvez voir dans n’importe quel espace public l’impact qu’a eu la loi, » dit M. Matei.

Aujourd’hui, la Moldavie continue de renforcer ses capacités d’opérationnalisation de sa politique de lutte contre le tabagisme, à travers notamment l’organisation d’une campagne nationale d’information, la mise en place d’un système de partage d’information avec les unités de soins primaires, ainsi que la mise en place d’une hotline nationale gratuite pour aider les usagers à arrêter de fumer. Le Partenariat CSU prévoit de conduire d’autres études d’impact au cours de l’année, et de soutenir les forums de santé locaux et nationaux. Six d’entre eux ont été prévus avec les parties prenantes et les autorités publiques locales en 2017 – témoignant de la valeur forte du dialogue intersectorielle encouragée par le Partenariat pour la CSU.