Comment démontrer la valeur ajoutée de l’aide grâce au coaching de proximité : une « success story » du partenariat CSU au Togo

Photo: Bureau de pays OMS Togo.  Le coaching à proximité: une séance de travail de l'OMS avec les membres de l'équipe de gestion de la santé du district du Golf, Togo.

Au milieu d’une année de discussions intensifiées au niveau mondial, sur les nouveaux objectifs et le cadre de financement du développement durable, une question semble être dans tous les esprits: Comment démontrer les résultats ou la « valeur ajoutée » de l’aide internationale? Autrement dit : Qu’est-ce qui nous prouve que l’aide au développement fonctionne?

Cette question est particulièrement pertinente pour les secteurs sociaux tels que la santé, où les résultats et l’impact ne peuvent souvent être mesurés qu’à long-terme.

Lors d’une récente réunion d’orientation sur le dialogue politique à Brazzaville, organisée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans le cadre du partenariat UE-LUX-OMS sur la couverture sanitaire universelle (CSU), le Togo, un des pays partenaires, a fourni la preuve que démontrer les résultats des efforts de renforcement des systèmes de santé n’était pas une “mission impossible”.

Depuis sa création en 2011, le partenariat UE-LUX-OMS sur la CSU a fourni un soutien régulier aux systèmes et plans politiques pour l’accès universel à la santé dans 19 pays en développement. Avec sa phase actuelle touchant à sa fin en Décembre 2015, les activités et les coûts du programme doivent inévitablement être évalués par rapport aux résultats obtenus au niveau des pays. Par conséquent, plusieurs bureaux de pays de l’OMS ont été invités, lors d’une réunion en mars 2015 de l’OMS à Brazzaville, à présenter leurs expériences  de mise en œuvre du partenariat CSU.

Parmi eux se trouvait le Togo, qui a reçu la reconnaissance générale des participants à la réunion pour sa présentation sur la façon dont le partenariat CSU avait contribué à améliorer la couverture vaccinale et les taux de disponibilité de médicaments essentiels dans deux districts d’intervention pilote du pays. Ces districts, (un urbain: District du Golfe; un rural: District Kloto) avaient été sélectionnés par le Ministère de la Santé du pays.

Néanmoins, le Togo a dû d’abord «mériter» l’appréciation de l’auditoire: «Comment mesurez-vous le leadership amélioré?», était une des questions pertinentes des participants, visant à défier les représentants du Togo sur les résultats de leur présentation. Relevant le défi, ceux-ci expliquèrent, étape par étape, comment l’utilisation d’un certain nombre d’approches participatives notamment le coaching de proximité, le dialogue politique et la coordination avait permis d’améliorer la planification et la mise en œuvre conjointe des plans opérationnels annuels (PAO) dans les deux districts sélectionnés.

Coaching de proximité des équipes cadre des districts (ECD) sanitaires

Les équipes de gestion des districts ont bénéficié d’un encadrement personnalisé de la part de l’OMS, dans des domaines considérés comme essentiels pour la décentralisation du processus décisionnel dans le secteur de la santé, y compris:

  •  Le renforcement des capacités de planification et de gestion de l’ECD a travers d’un appui méthodologique du Programme pour l’élaboration des PAO de districts axés sur les résultats et la mise en œuvre des interventions à haut impact ; ainsi qu’un soutien pour l’amélioration de la coordination et du suivi des activités du district ;
  • L’institutionnalisation du monitorage des performances basée sur l’analyse participative au niveau communautaire des goulots d’étranglement du système de santé (appui méthodologique et financier, facilitation du processus) ;
  • L’appui-conseil pour l’évaluation de la disponibilité et de la capacité opérationnelle des services de santé des deux districts avec l’outil SARA : formation des ECD à l’utilisation de l’outil SARA adapté au contexte national, renforcement des capacités d’analyse des données ;
  • L’appui-conseil pour la mise en place d’un système d’enregistrement à base communautaire des naissances et des décès maternels et des enfants de moins de 5 ans (expérience du district de Kloto) ;
  • La mise en place de fonds catalytiques dédiés à une meilleure gestion des stocks de médicaments essentiels et génériques ;
  • La facilitation de la mise en place d’un cadre de collaboration/partenariat avec le secteur privé de soins dans le district du Golfe.

Dialogue Politique, coordination au niveau décentralisé

Les activités de coaching ont été complémenté par un appui continu pour le renforcement des capacités de dialogue politique et de coordination au niveau des districts, notamment :

  • La mise en œuvre d’une mission d’état des lieux des mécanismes de coordination et des potentialités de dialogue au niveau  du district sanitaire
  • La formation des acteurs des niveaux central et décentralisé sur le dialogue entre parties prenantes (assurée par Collective Leadership Institute, institution allemande spécialisée, avec le financement du partenariat CSU);
  • L’appui à l’élaboration d’Arrêtés interministériels pour, la mise en place d’un cadre de coordination et de dialogue politique sectoriel inclusif au niveau décentralisé (comités préfectoraux et régionaux santé et VIH)  et pour la redynamisation des   Comités de gestion (COGES) des formations sanitaires dans  le cadre de la participation communautaire ;
  • Un appui donné pour l’opérationnalisation des « comités préfectoraux santé/VIH »  à travers de  réunions de sensibilisation des parties prenantes, sessions de validation et revues du Plan d’action opérationnel annuel du district impliquant toutes les parties prenantes sous le leadership de l’ECD.
  • La systématisation des réunions mensuelles de coordination de l’ECD avec les responsables des formations sanitaires du district.

Des résultats concrets – la «valeur ajoutée» de l’aide

 Quand il s’agit de démontrer les résultats du renforcement des systèmes de santé (RSS), la tentation est de se limiter au niveau des outputs – ou au niveau des processus. Il semble, par exemple, relativement clair que les activités du partenariat CSU aient contribué aux résultats suivants dans les districts pilotes sélectionnés au Togo:

 1)     Approche novatrice d’opérationnalisation du Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) à travers des PAO des districts impliquant toutes les parties prenantes ;

2)     Leadership de l’ECD amélioré suite au renforcement des capacités de planification, de gestion, de coordination et du suivi des activités du district;

3)     Capacité opérationnelle des services améliorée à travers l’amélioration de la disponibilité des Médicaments Essentiels et Génériques (MEG) ;

4)     Capacité d’autofinancement  améliorée à travers une augmentation des ressources propres (fonds de recouvrement des coûts) et leur utilisation pour le financement de certaines interventions à haut impact, telle que les stratégies avancées de vaccination.

En plus, des efforts ont été faits par l’OMS pour montrer que les résultats préliminaires vont bien au-delà du niveau des outputs: Une première évaluation des résultats d’effets des activités du partenariat CSU  sur la base des indicateurs clés de performance au cours des trois dernières années a montré que des progrès significatifs dans la capacité opérationnelle et l’utilisation des services de santé avaient été réalisés au niveau des districts cibles, en comparaison avec les districts voisins. Notamment, la fréquentation de la consultation curative, la couverture vaccinale et le taux d’accès à des médicaments essentiels avaient augmenté en moyenne de 10 points dans les deux districts entre 2012 et 2014.

Ces progrès sont  attribuables en grande partie à l’appui fourni par l’OMS dans le cadre du partenariat CSU, en particulier aux activités de coaching de proximité, ainsi qu’à la facilitation d’un dialogue sectoriel inclusif au niveau opérationnel.

En effet, le soutien de l’OMS pour renforcer la disponibilité des MEG au niveau de certaines formations sanitaires et leur gestion, par exemple, a conduit à une augmentation des flux monétaires pour les deux districts ciblés. Les nouvelles ressources disponibles ont été utilisées pour financer localement certaines interventions à haut impact telles que les stratégies avancées de vaccination – rarement mises en œuvre dans d’autres districts depuis le retrait de la subvention de GAVI,. Ceci, à son tour, a contribué à maintenir, voire étendre les niveaux de couverture vaccinale dans les deux districts pilotes.

L’avenir: Les résultats sont-ils évolutifs?

Le prochain défi est de pouvoir capitaliser les leçons tirées de cette approche pour sa mise à échelle au niveau régional et national.

Le Programme a prévu dans sa feuille de route 2015, d’étendre cette approche à l’échelle de toute une région sanitaire (région Centrale avec quatre districts) afin d’améliorer la performance du système de santé dans son articulation entre les différents niveaux (opérationnel, intermédiaire, stratégique).

Il y a lieux de noter qu’au Togo, le partenariat CSU travaille  à deux niveaux différents – le niveau national et le niveau de district – ce qui est important pour l’harmonisation et la coordination, ainsi que pour la mise en échelle des activités.

En conséquence, le ministère de la Santé du Togo avait déjà accepté de reproduire l’approche testée dans les deux districts pilotes dans six autres districts de santé dans la région – initialement avec le soutien financier du Fonds français Muskoka, bien que ces ressources ont finalement été redirigés vers des mesures de prévention d’Ebola. Cela dit, l’intention déclarée du MS en elle-même est une preuve de la reconnaissance de la valeur des activités du partenariat CSU.

La leçon générale à tirer de cette expérience semble claire: veiller à ce que le Renforcement du système de Sante ait un impact important et durable, ce qui est en effet possible si toutes les parties prenantes ainsi que les différents niveaux de la prise de décision travaillent ensemble d’une manière efficace et coordonnée.

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