L’accès à la santé en Tunisie dans les médias

  Hedi Achouri, Ministère de la Santé Publique | Crédit Photo: Benoit Mathivet, OMS

 Les conflits, les catastrophes et les scandales – trop souvent, ce sont ces histoires sur le secteur de la santé qui font la une des médias de nos jours. Le fait que les médias puissent aussi être une force pour le bien en exerçant son rôle de “quatrième puissance” dans un État est souvent oublié.

Dans le contexte actuel de la réforme de la santé en Tunisie, et avec le soutien du Partenariat sur la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) UE-OMS-Luxembourg, le rôle des médias a récemment été repris dans le processus de démocratisation.

Le secteur de la santé en Tunisie a déjà été un indicateur de démocratisation depuis quelques années: le ministère de la Santé a décidé de tirer parti de cette vague d’enthousiasme pour la réforme démocratique du bas en haut, stimulée par la révolution du printemps arabe, parmi la population tunisienne.

 Le ministère de la Santé a donc decide de mener un processus de “dialogue sociétal” sans précédent au cours des trois dernières années, visant à établir un consensus autour des réformes du système de santé et de la mise en œuvre progressive et de l’évaluation. Ce processus, soutenu par le Partenariat CSU, a permis de mener des consultations à l’échelle nationale auprès d’un large éventail de parties prenantes, ce qui a débouché sur l’élaboration du livre blanc pour une meilleure santé en Tunisie (un document approuvé par le Ministère des Finances pour servir d’exemple pour les réformes dans d’autres secteurs).

 Ce processus de démocratisation de la réforme de la santé a pris un autre tournant inhabituel et positif ces dernières semaines en s’appuyant sur le potentiel démocratique du soi-disant “quatrième pouvoir”: du 19 au 23 septembre 2016, le comité technique du “dialogue societal,” en collaboration avec le Centre Africain pour la Formation des Journalistes et des Communicateurs (CAPJC) et avec le soutien de du P-CSU et de la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté, a organisé une formation en santé publique pour 25 journalistes (presse, radio, télévision) dans le cadre d’un cycle plus large de formation de journalistes spécialisés.

 L’objectif était de créer, à terme, un cercle de journalistes spécialisés dans les questions de santé, qui seraient en mesure de produire, au-delà des nouvelles habituelles liées aux derniers incidents sanitaires, des reportages plus approfondis (mais donc plus informés) sur le processus de réformes du système de santé et leurs résultats.

La formation a compris des modules sur le développement historique, les défis et les opportunités du système de santé tunisien, en définissant les concepts de base du système de santé et en abordant des questions clés telles que la formation des personnels de santé. Elle a également débouché sur des discussions sur les rôles du secteur public et du secteur privé, ainsi que le rôle des milieux universitaires et de la société civile pour la promotion de l’accès à la santé en Tunisie.

 Le soutien du P-CSU a consisté à faciliter la participation des journalistes dans les régions les plus éloignées, à fournir des conseils techniques sur le contenu de l’événement et à prononcer un discours d’ouverture (par l’OMS) et deux présentations. Pour la formation elle-même, pas moins d’une quinzaine d’experts de divers horizons ont été mobilisés pour fournir des interventions participatives et de qualité.

 Le résultat de l’événement a largement dépassé les attentes initiales, notamment en raison du niveau de participation et d’engagement de la nouvelle ministre tunisienne de la Santé, Pr. Samira Merai. En inaugurant l’événement, la ministre a saisi cette première occasion qui lui a été présentée, depuis sa nomination récente, pour parler devant un groupe de journalistes dans un environnement apaisé, afin d’annoncer qu’elle allait maintenant tenir une conférence mensuelle conférence de presse.

La nouvelle ministre a également rappelé aux journalistes participants que “la santé est une cause courante pour tous les citoyens, et un secteur vital qui devrait recevoir l’attention voulue.” Notre objectif commun est de réduire le nombre de patients en Tunisie grâce à une prévention primaire efficace et complète. C’est certainement le rôle de ceux qui travaillent dans le secteur de la santé, mais aussi celui des médias qui doivent mettre la sensibilisation au cœur de leur travail d’information.

 La formation elle-même est devenue la vedette des médias en Tunisie et les journalistes participants l’ont si bien accueilli que l’OMS et le CAPJC envisagent maintenant de l’ouvrir à de nouveaux journalistes tout en organisant des séminaires plus approfondis pour les participants précédents. Le plan est de profiter de la proposition de la ministre d’organiser une conférence de presse mensuelle afin de rassembler le cercle des journalistes au CAPJC et de les mettre à jour sur les derniers développements du secteur de la santé.

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